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7 lieues et un livre vous emmène ce mois-ci à la découverte de la lecture au Maroc.

Publié le 14 février 2018 Mis à jour le 14 février 2018

Entrepris par une étudiante en édition de Paris Nanterre, Noémie, 7 lieues et un livre est un projet de rencontres avec sept éditeurs d’albums jeunesse du monde entier sous la forme de courts stages. Une invitation à un voyage littéraire, humain et culturel. 7 lieues et un livre vous emmène ce mois-ci à la découverte de la lecture au Maroc.

Les années passées ont vu le Maroc particulièrement mis à l’honneur sur la scène littéraire française. En 2016, Leila Slimani recevait le Goncourt pour son livre Chanson Douce. Puis, en 2017, le Maroc est invité d’honneur au salon du livre de Paris. De quoi penser que le pays cherche à développer sa culture littéraire. La réalité est bien plus contrastée que ça, surtout dans l’édition jeunesse marocaine.

Les Marocains ne lisent pas, ou très peu. Ce n’est pas un loisir habituel, ni naturel pour eux. Différentes pistes peuvent permettre de comprendre ce rapport difficile à la lecture.

Historiquement, déjà, le Maroc est un pays musulman et le Coran et les hadiths, recueils des paroles du Prophète, restent pour les plus intégristes d’entre eux les seuls livres de référence méritant d’être lus, retenus par cœur et récités quotidiennement. Ajoutez à cela que les Marocains privilégient le collectif à l’individu, ils préfèrent se retrouver à plusieurs aux terrasses des cafés ou passer leur temps à converser sur Whatsapp que de s’adonner à un loisir qui les isolerait du reste du monde.

Un second obstacle réside dans la barrière de la langue. Au Maroc, de nombreuses langues s’imbriquent : le darija (l’arabe dialectal marocain), le français, l’arabe littéraire, l’amazigh (la langue berbère) voire l’espagnol (au Nord du Maroc). La langue qui prédomine, le darija, est davantage une langue orale qu’écrite. C’est la langue que l’on parle dans les rues, à la maison, partout, le français et l’arabe littéraire étant davantage des langues scolaires ou formelles. On comprend dès lors un manque d’identification aux livres, souvent soit en français, soit en arabe littéraire. Il en est de même pour les référents culturels avec peu de livres édités par des éditeurs marocains évoquant la vie quotidienne dans le pays ou les problématiques locales.

Autre difficulté, l’accès physique aux livres. Un réseau de distribution très peu développé qui oblige certains éditeurs à s’auto-distribuer. Des librairies qu’on ne trouve que dans les grandes villes et qui privilégient souvent les éditeurs étrangers, français ou du monde arabe. Si vous cherchez des livres pour enfants à la Bibliothèque National du Maroc à Rabat, rebroussez chemin, il n’y en a aucun. Et tout le personnel là-bas vous regarde avec de grands yeux lorsque vous demandez après la littérature jeunesse.

Enfin, un dernier problème pouvant être rencontré est celui du coût du livre. Dans un pays où le salaire minimum par mois dépasse à peine les 2500 dirhams, soit 250 euros, est-il si étonnant que les Marocains se refusent souvent à mettre plus de 10 dirhams, soit 1 euro, pour un livre pour leur enfant ? Malgré les prix affichés sur les ouvrages, beaucoup de vendeurs, notamment en ligne, se jouent des prix et la valeur pécuniaire du livre perd toute sa signification.

Éditer un livre et permettre son existence est à partir de là un engagement citoyen. Chez l’éditeur jeunesse casaoui Yanbow Al Kitab, cet engagement se traduit par la mise en place d’action dans les écoles en lien étroit avec des associations locales. En installant des bibliothèques dans les écoles publiques, en y animant des ateliers autour des livres ou en proposant des ventes de livres dans les écoles privées, l’éditeur espère habituer les enfants et leurs encadrants à la présence du livre et les sensibiliser à son intérêt pédagogique.

Publier des livres à un prix acceptable et accessible pour tous les Marocains demande la recherche constante de subventions, que ces dernières proviennent du ministère de la culture marocain, de mécènes privés ou d’autres pays du monde arabe et tout particulièrement les Émirats Arabes Unis. Car les Émirats de Sharjah ou d’Abu Dhabi, où se déroulent chaque année de grands salons du livre, sont très généreux lorsqu’il s’agit de développer la littérature en arabe, créations comme traductions. Et c’est l’ensemble du monde arabe qui profite de cette émulation. Les auteurs et les illustrateurs circulent d’un pays à un autre, partageant à la fois une langue et une histoire commune. Les échanges sont propices à la professionnalisation.

Pas de doute, en matière de littérature et de politiques culturelles, la région est à surveiller de près.

Mis à jour le 14 février 2018