Vous êtes l'université : Fabien Fenouillet, un chercheur qui murmure à l'oreille de l'indomptable motivation

« Toutes les motivations sont bonnes… mais certaines penchent davantage du côté obscur de la force ! »

Publié le 10 mars 2021 Mis à jour le 16 avril 2021

Avec l’approche de la fin du 2nd semestre et le contexte mondial peu stimulant, une meilleure compréhension des mécanismes de la motivation qui nous animent peut-être particulièrement utile pour les étudiant·e·s et leurs enseignant·e·s... mais aussi pour les autres membres de notre université.
Éclairage et recommandations de Fabien Fenouillet, directeur adjoint du LINP2-2APS où collaborent chercheur.e.s en psychologie et en STAPS. Il coordonne également l’axe psychologie positive.

L’équipe Point Commun : Bonjour, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. Pour commencer, entrons directement dans le vif du sujet : la motivation ! Nombre d'étudiant.e.s l'ont remarqué : la motivation est un génie capricieux voir fugace.
Pour la gérer, il faut déjà la connaître. Il est par exemple étonnant d’apprendre qu’être motivé par la soif de bonnes notes ou de reconnaissance est certes efficace mais aussi une stratégie "risquée". Que faut-il savoir à son propos ?


Fabien Fenouillet : Pour les apprentissages, la motivation doit davantage être considérée comme un processus que comme un état. Autrement dit, la motivation fluctue en permanence et nos objectifs peuvent changer en fonction des résultats obtenus.
Dans le cadre des études universitaires, la question de la motivation est celle de la persistance de ce processus. La ou les raisons initiales qui expliquent pourquoi un étudiant suit, telle ou telle étude, va avoir un effet important sur cette persistance. Les raisons qui sont intimement liées aux valeurs personnelles ou au plaisir d’étudier sont par nature plus persistantes que celles qui sont liées à des contraintes.

Il est possible de distinguer au moins 4 grandes catégories de motivation et fonction des raisons évoquées pour suivre les études.

Intrinsèque : C’est le plaisir d’apprendre en lui-même.
Si vous êtes passionné par la littérature et que c’est ce que vous étudiez alors vous êtes en motivation intrinsèque

Identifiée : Les études font référence aux valeurs de l’étudiant.
→ Par exemple, vous étudiez le droit parce que vous estimez qu’il est essentiel de connaître la loi pour vivre dans une société juste et équitable entre toutes les personnes.

Introjectée : Il s’agit d’une pression que l’étudiant s’impose. Vous faites des études parce vous ne voulez pas vous sentir coupable de ne pas en faire.
→ Vous étudiez le droit parce tout le monde autour de vous trouve que c’est bien. Vous auriez tout aussi bien pu faire d’autres études si cela n’avait pas été le cas.
 
Externe : Il s’agit de l’obtention d’une gratification ou l’évitement de quelque chose de désagréable indépendamment de l’activité en elle-même.
→ Dans ce cas l’étudiant fait des études de droit parce qu’il sait que c’est bien payé par la suite.

Amotivation : Dans certains cas l’étudiant ne sait pas pourquoi il fait des études ou durant l’année les mauvais résultats lui donnent l’impression qu’il n’a pas sa place à l’université, dans ces cas là il n’est plus motivé.
 
 
https://skolp.pb.gallery/ - insta @Skolp.Artworks
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Les motivations intrinsèques et identifiées sont plus persistantes que les motivations introjectées et externes.


Qu'on soit dans les études mais aussi en recherche d’emploi/stage ou bien actif, quels leviers concrets recommandez-vous pour nourrir sa motivation ?

Fabien Fenouillet : Pour maintenir à flot le processus motivationnel il est préférable de se fixer des buts clairs, réalistes et proches.

Par exemple plutôt que de se dire il faut que je réussisse mon semestre, objectif lointain et sujet à interprétation sur ce qu’est la “réussite”, il faut plutôt créer des étapes sur lesquelles il faut être capable de quantifier la qualité de son apprentissage (répondre à 80% d’un QCM sur cette partie du cours par exemple).
Il peut être utile de s’interroger sur les raisons qui nous poussent à faire les études.

Le réseau social est également un facteur très important. Avoir des amis qui ont des objectifs de réussite dans leurs apprentissages est un facteur de soutien indéniable. Développer des séances de travail collectif peut à ce titre être utile à plus d’un titre.


« Les motivations contrôlantes, sont comme les mauvais génies : elles répondent aux souhaits... des autres ! »



Vous avez été l’un des acteurs - de concert avec nombre de collègues - d’une formation novatrice : des modules en direction des L1 leur permettant de mieux comprendre leurs motivations. Plus de 7000 étudiants ont pu participer à cette formation initiée dans le cadre d'une unité établissement. On brûle de curiosité d'en savoir plus !


Fabien Fenouillet : Il s’agit de modules à destination des étudiants de première année dont l’objectif est de leur faire mieux comprendre comment apprendre, se motiver, prendre des notes et bien d’autres choses utiles dans les apprentissages.
Les responsables de la mise en place de ces modules, mes collègues Laure Léger et Virgine Avezou, ont tenté de couvrir les besoins des étudiants de première année afin de les aider à réussir. Ces modules sont financés par le "NCU So Skilled !" coordonné par Christophe Bréchet et Marion Mézerai.

Un des objectifs qui se dégage actuellement est d’ajuster voir de créer de nouveaux modules pour la rentrée universitaire 2021-2022. Pour y parvenir nous avons questionné différentes facettes de la motivation des étudiants et nous espérons pouvoir nous en servir pour cet ajustement. Les résultats sont toujours en cours de traitement.



Pour aller plus loin, vous avez publié à propos des relations entre l’intérêt scolaire et le bien-être chez les adolescents, mais aussi l’impact du elearning destiné aux adultes (devenu depuis un enjeu majeur !). Quels sont les facteurs qui ont été mis en évidence (ou pas) ?

Fabien Fenouillet : Pour le dire simplement, l'intérêt pour les études est fortement associé au bien-être. L'intérêt est fortement en lien avec les contraintes qui, si elles sont trop nombreuses, vont peser fortement sur son développement.




Les typologies de motivations et vos recommandations prennent évidemment leur source dans des études. Quelles sont vos expériences ou études favorites ?

Fabien Fenouillet : L’étude de Warneken et Tomasello (2008), qui met en évidence que la récompense à un effet négatif sur les comportements altruistes, est une très belle recherche à la fois pour dans le cadre la psychologie du développement mais aussi de la motivation.
La recherche montre que lorsqu’ils sont récompensés pour un comportement spontané qui vise à aider autrui, les enfants vont par la suite se montrer moins altruistes. Les comportements spontanés, comme l’intérêt pour un thème d’apprentissage par exemple, n’ont pas besoin d’être récompensés pour être persistant, bien au contraire.


« Toutes les motivations sont bonnes… mais certaines penchent davantage du côté obscur de la force ! »



Quelle est votre discipline et ses particularités ?

Fabien Fenouillet : Ma discipline universitaire est la psychologie. Elle s’intéresse au fonctionnement de l’esprit humain. Ma spécialité est la psychologie positive qui vise à comprendre et favoriser le fonctionnement optimal de l’être humain. Le fonctionnement optimal repose notamment sur la motivation qui est mon principal champ de recherche en lien avec l’apprentissage.


Votre unité de recherche, vos sujets d’étude, vos collègues ? Quelles sont les grandes questions que vous cherchez à élucider ?

Fabien Fenouillet : Je suis directeur adjoint du Laboratoire Interdisciplinaire en Neurosciences, Physiologie et Psychologie : Apprentissages, Activité Physique, Santé (LINP2-2APS). C’est une unité multidisciplinaire avec des chercheurs qui viennent des champs de la psychologie et des STAPS.
Je coordonne également l’axe psychologie positive. Les recherches de cet axe portent sur le bien-être, la motivation ou encore l'éducation positive


Le site du → Laboratoire Interdisciplinaire en Neurosciences, Physiologie et Psychologie : Apprentissages, Activité Physique, Santé (LINP2-2APS)


Pouvez-vous présenter votre parcours académique mais aussi le cheminement personnel qui vous a mené à ce métier ?

Fabien Fenouillet : J’ai fait des études assez classiques de psychologie de la licence au doctorat et j’ai ensuite été recruté en tant que maître de conférences en sciences de l’éducation à l'université de Lille pour finalement prendre un poste de professeur de psychologie à l’université Paris Nanterre.

« Pour maintenir à flot le processus motivationnel il est préférable de se fixer des buts clairs, réalistes et proches. »


Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous intéresser aux mécanismes des motivations en particulier ? Quels sont les sujets que vous aimeriez creuser à l’avenir ? Que peut-on vous souhaiter ?

Fabien Fenouillet : A l’époque où j’ai fait mon doctorat j’ai pu constater que les psychologues s'intéressaient assez peu à la motivation, du moins en France. Je trouvais personnellement qu’il m’était très difficile d’apprendre quelque chose sans en avoir envie. J’ai donc tenté de comprendre s’il était possible de confirmer mon intuition par des données plus objectives que mes propres impressions, et de fil en aiguille j’en suis arrivé à me poser de nombreuses questions sur la motivation mais aussi sur l’apprentissage.
Je continue actuellement mes recherches dans de nombreuses directions comme par exemple sur le lien entre stratégie d’apprentissage et profil motivationnel, compréhension de la motivation dans les serious games ou encore relation entre anxiété d’évaluation, but d’accomplissement et sentiment d’efficacité personnelle...





 

Mis à jour le 16 avril 2021