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Message du président – Retrouver une sérénité respectueuse de chacune et chacun

Publié le 27 avril 2018 Mis à jour le 27 avril 2018

La semaine qui s’achève avait commencé de façon très préoccupante à l'université. En effet, après un week-end déjà agité au sein des espaces concédés aux étudiants mobilisés contre la loi Orientation et réussite étudiante dans le bâtiment Clémence Ramnoux (E), marqué par des intrusions d'individus extérieurs et des dégradations diverses, nous avions renforcé la présence des agents de sûreté, et multiplié les rappels à l'ordre, mises en garde et demandes de précaution aux occupants.

Date(s)
Le 27 avril 2018
Cela n'a hélas pas empêché que, lors de la nuit de dimanche à lundi, pas moins de 14 bureaux du bâtiment Henri Lefebvre (D) aient vu leurs portes forcées ou défoncées, certains dévastés, sans que l'on identifie précisément qui était à l’origine de ces actes ni dans quel but — peu de vols semblant à déplorer. J'adresse ici un message tout particulier de profonde sympathie et de solidarité à nos collègues qui ont vu leurs bureaux ainsi dégradés : je veux qu’ils sachent que nous faisons tout notre possible pour réparer ces dommages au plus vite et pour que la lumière soit faite sur ces actes de vandalisme inqualifiables.

Je crois que nous sommes désormais collectivement amenés à constater qu'une occupation non maîtrisée d'un espace de l'université comporte de très grands risques, et qu’elle met l'établissement dans une situation de vulnérabilité extrême de tous points de vue. Après de tels événements, il n'était évidemment plus souhaitable que l'occupation des espaces du bâtiment Ramnoux se poursuive dans les mêmes conditions.

Afin de faire évoluer cette situation et de réduire les risques inhérents à une occupation nocturne, nous avons convenu avec les occupants d’arrêter une formule conciliant à la fois le bon fonctionnement de l’établissement et des activités de mobilisation. Cela s’est traduit par le fait d'allouer officiellement au comité de mobilisation deux salles (E1 et E2) dans le cadre d’une autorisation temporaire du domaine public. Elle implique le respect des règles communes en termes d'ouverture du bâtiment, d'hygiène, de sécurité et de conditions de travail. Je remercie les collègues en relation avec les étudiants mobilisés d'avoir accompagné mes équipes en vue de sortir d'une occupation sans règles qui n'était plus tenable : j'y vois la preuve d'un dialogue renoué.

Nous n'avons pas ménagé notre peine ces derniers jours pour retrouver le chemin d'un dialogue serein avec l'ensemble des parties prenantes de l'université. J'espère vivement que ces discussions trouveront un aboutissement fécond lors des prochains jours. Dans cet esprit, j’avais annoncé dès samedi dernier, à la suite d'échanges avec les directrices et directeurs de composante et les personnels mobilisés, que les examens terminaux prévus le 2 mai étaient reportés. Il s’agit en effet de garantir la sérénité nécessaire sur le campus, au moment où la Commission Formation et Vie Universitaire et le Conseil d'administration se réuniront, et se prononceront sur les modalités de validation de l'année universitaire ainsi que sur la façon de poursuivre la discussion autour de la mise en œuvre de la loi Orientation et réussite étudiante.

Deux questions majeures sont à l'horizon de la réunion exceptionnelle des conseils centraux.

D'une part, les examens terminaux, préparés depuis de longs mois à la fois par les étudiants pour les passer, et par les personnels administratifs et les enseignants des UFR pour les organiser, sont mis en péril par le maintien d'un blocage total des bâtiments d'enseignement. Cette remise en cause des examens à la date prévue peut entraîner des conséquences néfastes diverses : impossibilité pour les étudiants, et tout particulièrement ceux postulant pour un master, de déposer des dossiers dans les établissements de leurs choix ; menaces qui pèsent sur les stages et emplois d'été ; nécessité pour les personnels de reprogrammer les épreuves à d'autres dates et, le cas échéant, dans d'autres lieux, alors même que d'autres tâches urgentes pour finir l'année et préparer la suivante ne pourront être réalisées.

Est-il utile d'empêcher les examens terminaux de se tenir pour faire entendre la contestation des effets redoutés de la loi Orientation et réussite étudiante ? En laissant les examens se tenir sur le campus, les personnes mobilisées contre la loi éviteront de rendre impopulaire et peu lisible leur mouvement, car ses motivations (accès républicain de tous aux exigences académiques permettant la validation des diplômes) sont contraires aux effets d'un blocage intransigeant. Il ne serait pas compris que l’on fasse porter sur les étudiants et sur les personnels de l'université les effets d'un mouvement dont l'objectif affiché est précisément de les protéger, d'améliorer leurs conditions de travail et de contribuer à leur épanouissement.

Il est en revanche un moyen pertinent et fécond de faire entendre cette mobilisation et de porter ces sentiments de justice sociale qui l'animent : ce sont les états généraux de l'enseignement supérieur et de la recherche au sein de l'université, idée portée au sein de l’assemblée générale des personnels mobilisés. Ces états généraux seraient un beau moyen de développer une réflexion collective, impliquant toutes les parties prenantes de la communauté universitaire, sur les façons d’aider à réussir le plus grand nombre d’étudiants, avec une attention particulière pour les étudiants issus de milieux modestes, mais aussi sur les évolutions des métiers de l'enseignement supérieur, pour que cet objectif de réussite soit atteint et se concilie avec l’ensemble de nos missions. Je souhaite ardemment que les conseils centraux du 2 mai soutiennent cette proposition et aident à lancer cette dynamique positive qui me permettra de porter des demandes argumentées de moyens supplémentaires, si insuffisants actuellement, auprès de notre ministère.

Ces dernières semaines ont été éprouvantes pour la communauté. L’intervention des forces de l’ordre le 9 avril y a contribué, et j’ai déjà exprimé mes regrets sur la façon très malheureuse dont elle a eu lieu. J'ai toujours été guidé par le souci de l'intérêt de l'établissement, dans un contexte où beaucoup d'universités connaissent depuis des semaines ou des mois des situations encore plus difficiles à gérer. Ma conviction est qu'il est grand temps de retrouver ce qui caractérise de façon si exceptionnelle l'Université Paris Nanterre : son sens aigu de la communauté universitaire. Je compte sur les quelques jours qui nous conduisent au 2 mai pour que nous mobilisions collectivement cet esprit d'unité qui peut nous rendre si forts.

Avec mon plus sincère dévouement,

Le président de l'université
Jean-François Balaudé

Mis à jour le 27 avril 2018