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L’Université Paris Nanterre s’alarme des menaces sur les libertés académiques au Brésil

Publié le 9 mai 2019 Mis à jour le 9 mai 2019

L’Université Paris Nanterre s’alarme de la volonté exprimée par le gouvernement brésilien de ne plus subventionner les facultés de philosophie et de sociologie.

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le 9 mai 2019

Le président Jair Bolsonaro a déclaré il y a quelques jours dans deux tweets : « le ministre de l’Education étudie la décentralisation de l’investissement dans les facultés de philosophie et de sociologie. Les étudiants déjà inscrits ne seront pas affectés. L’objectif est de se concentrer dans les domaines qui génèrent une retombée immédiate pour le contribuable : vétérinaire, ingénierie, médecine », et : « Le rôle du gouvernement est de respecter l’argent du contribuable, d’enseigner aux jeunes à lire, écrire, faire des comptes, puis un métier qui génère des revenus pour la personne, le bien-être de sa famille, et qui améliore la société qui les entoure. »

Outre les arguments utilitaires ici mis en avant, d’autres déclarations, en particulier celles du ministre de l’Education nationale, Abraham Weintraub, dénonçant l’influence du « marxisme culturel », ont achevé de dévoiler sans ambiguïté l’intention politique de cette décision.

La défiance idéologique exprimée à l’endroit de ces deux disciplines comme la considération de leur utilité sociale et économique ne constituent pas seulement des jugements erronés et inappropriés, elles apparaissent comme des positions politiques dangereuses pour la démocratie. Au-delà du cas de la philosophie et de la sociologie, c’est d’abord la volonté de brider, par l’arme du financement fédéral, les libertés académiques d’enseigner et de chercher pour l’ensemble des disciplines scientifiques, qui s’affiche (la menace d’une baisse globale de financement de 30% de trois universités contestataires vient d’être évoquée par le ministre de l’Education nationale). C’est par extension, la liberté effective de se former à ces disciplines, d’exercer une pensée critique, qui sont mises en question. Ce sont au total les libertés individuelles qui sont remises en cause.

L’autoritarisme, l’intolérance, la vision étriquée des aspirations sociales et individuelles acceptables sont de fait incompatibles avec ce que l’université a vocation à proposer et enseigner, et avec ce qu’une société ouverte se doit de promouvoir.
Nous ne pouvons que former le vœu que le gouvernement brésilien se ressaisisse, et renonce à cette idéal terrifiant d’une société passive, où n’auraient pas droit de cité la réflexivité critique et le libre exercice scientifique. Au Brésil comme partout ailleurs, l’activité sans entrave des universités, et de l’ensemble des disciplines qu’elles abritent, est une condition essentielle du progrès social et de l’avènement d’une société plus juste.

Mis à jour le 09 mai 2019