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Appel à communications RJCHC - Journée d'études "La diplomatie culturelle" // 19 mai 2019

Publié le 17 décembre 2018 Mis à jour le 17 décembre 2018

Vos propositions de communication (environ 500 mots, en français ou en anglais), ainsi qu’une courte biblio-biographie, sont à envoyer aux organisatrices Lara Cuny (lara.cuny@sorbonne-nouvelle.fr) et Lauriane Simony (lauriane.simony@univ-paris3.fr) avant le lundi 7 janvier 2019.

Date(s)
Date limite d'envoi des propositions : 7 janvier 2019
La diplomatie culturelle depuis 1945 dans le monde : rayonnement, influence, coopération.

En France, l'étude de la diplomatie culturelle, au croisement entre les domaines de l'histoire culturelle et l'histoire des relations internationales, est un champ de recherche relativement récent et encore peu exploité. Quelques ouvrages collectifs tentent d'aborder la diplomatie culturelle d'un point de vue global depuis les années 2010 [Dulphy, et al., 2010; Dubosclard, et al., 2002], mais l'étude de la diplomatie culturelle reste essentiellement fragmentaire, par le biais d'études de cas. L'historiographie des Etats-Unis est plus fournie, à travers des études sur le soft power [Nye, 2004], sur l'usage de la culture durant la Seconde Guerre mondiale (par le biais de l'agence United States Office of War Information) ou dans le contexte de la Guerre froide (propagande anti-communiste et mise en avant du modèle démocratique occidental). Ailleurs, la faiblesse de l'historiographie dans ce domaine tient peut-être aux formes et enjeux multiples de la diplomatie culturelle, à son développement récent (deuxième moitié du XXème siècle) ou à la difficulté d'en donner une définition générique.

Raymond Williams définit le terme de ‘politique culturelle’ de deux façons : il s’agit tout d’abord d’un processus de soutien, de régulation et d’utilisation (à des fins économiques ou sociales) de la culture par l’État, mais aussi de la manière dont l’Etat se représente par la culture, dans un souci d’auto-promotion [Slaby, 2010]. La politique culturelle se réfère donc à la stratégie et aux moyens mis en place pour soutenir la culture, et également à la dimension identitaire impliquée. Dès l'entre-deux-guerres, les Ministères des Affaires étrangères des grandes puissances commencent à se doter de départements culturels (la France et l'Allemagne les premiers), mais il faut attendre l'après 1945 pour que l'usage de la culture au service des relations internationales devienne plus systématique. Après la Seconde Guerre mondiale, la construction de l’État-Providence dans de nombreux pays occidentaux a établi la culture comme un domaine d’action de l’Etat, avec la création d’institutions semi-publiques ou de Ministères de la Culture dès 1946. Si à l’intérieur des pays, l’accès à la culture a rapidement été revendiqué comme un droit, en politique étrangère, la culture est devenue l’une des trois branches du soft power tel qu'il est défini par Joseph Nye, aux côtés des valeurs politiques et des relations internationales [Nye, 2010]. La diplomatie culturelle apparaît comme une sous-catégorie de la politique culturelle, au sens où elle est exclusivement tournée vers les pays étrangers. Ses enjeux diffèrent de la politique culturelle : dans de nombreux pays, le monopole des Ministères des Affaires Étrangères en la matière, maintenu même après la création de Ministères de la Culture, souligne que la notion de diplomatie prime sur celle de culture.

Certains processus récents, comme celui de la décolonisation, ont remis en cause les modèles diplomatiques traditionnels et les stratégies coercitives et ont donné à la diplomatie culturelle, en tant qu'entreprise d'auto-promotion et de rayonnement à l'étranger, une légitimé supplémentaire. La frontière entre relations culturelles et dérive politique de la culture est donc ténue : la dimension politique, voire idéologique, de la diplomatie culturelle peut entraîner en temps de crise un glissement vers une logique de propagande, comme l'illustre l'arsenal culturel développé par les blocs de l’Est et de l’Ouest durant la Guerre froide. En effet, si le terme de relations culturelles traduit des échanges neutres, celui de diplomatie culturelle implique des logiques de pouvoir et d’influence sans pour autant se limiter aux régimes autoritaires.

La diplomatie culturelle concerne des acteurs très variés, qui relèvent à la fois des domaines publics (États, instituts culturels nationaux, régions, villes) et privés (organismes privés, associations religieuses) et participe à la mise en place de réseaux culturels à différentes échelles (organisations multinationales telles que l'UNESCO, échanges transnationaux voire transrégionaux). La diplomatie culturelle ne se développe pas toujours entre acteurs « égaux » : elle concerne au départ principalement des relations Nord-Nord ou Nord-Sud, qu'il s'agira peut-être de replacer dans une dynamique postcoloniale pour ce second cas [Trimbour dans Dubosclard, et al., 2010], mais également des relations Sud-Sud, étudiées davantage ces dernières années. Enfin, la diplomatie culturelle entre aussi dans une logique de réciprocité [Frank, 2003] : il s'agit également pour les Etats d'instaurer des échanges culturels fertiles fondés sur la coopération et la compréhension mutuelle, en encourageant par exemple les échanges universitaires. L’essor d’une diplomatie culturelle horizontale, avec l’effacement des Etats au profit de contacts directs entre régions et villes, ont marqué l’évolution du secteur durant ces vingt dernières années.

Ce colloque entend ainsi réfléchir aux différents enjeux de la diplomatie culturelle, en particulier aux notions de « rayonnement », « influence » et « coopération », en lien avec le contexte politique national et international des cas étudiés.

A titre indicatif, les propositions de communication pourront porter sur :
  • Les différents modèles de politique culturelle
  • Diplomatie culturelle et Guerre froide
  • Diplomatie culturelle et propagande
  • La censure
  • Diplomatie culturelle et décolonisation
  • Culture officielle, culture contestataire
  • Diplomatie culturelle et réconciliation
  • Reconnaissance des cultures populaires par les États
  • Langue majoritaire, langue(s) minoritaire(s)
  • Les enjeux de la coopération universitaire
  • Les organismes internationaux et leur rôle dans la diplomatie culturelle
  • Diplomatie culturelle et multilatéralisme
  • La diplomatie culturelle horizontale, la diplomatie culturelle aux échelons régional et local
Seront particulièrement bienvenues les propositions qui reflèteront des aires géographiques variées (pays développés et en voie de développement), afin de confronter différents contextes, modèles et dynamiques. Les approches interdisciplinaires sont vivement encouragées (histoire, sociologie, sciences politiques, arts et médias, …).

Vos propositions de communication (environ 500 mots, en français ou en anglais), ainsi qu’une courte biblio-biographie, sont à envoyer aux organisatrices Lara Cuny (lara.cuny@sorbonne-nouvelle.fr) et Lauriane Simony (lauriane.simony@univ-paris3.fr) avant le lundi 7 janvier 2019.

La journée d’études aura lieu le vendredi 17 mai 2019 à la Maison de la Recherche de Paris 3 Sorbonne Nouvelle, au 4 rue des Irlandais, salle Claude Simon. Elle est organisée par Lara Cuny et Lauriane Simony avec le soutien de l'ED 514, de PRISMES (Paris 3), de CREW (Paris 3) et du LARCA (Paris 7).

Bibliographie indicative :
-Alain Dubosclard, Laurent Grison, Laurent Jean-Pierre, Pierre Journoud, Christine Okret, Dominique Trimbur, Entre rayonnement et réciprocité : contributions à l'histoire de la diplomatie culturelle, Paris : Publications de la Sorbonne, 2002
-Anne Dulphy, Robert Frank, Marie-Anne Matard-Bonucci, Pascal Ory (dir.), Les relations culturelles internationales au XXème siècle : de la diplomatie culturelle à l'acculturation, Bruxelles, Bern, Berlin : P. Lang, 2010
-Jessica C. E. Gienow-Hecht, Mark C. Donfried (eds.), Searching for a Cultural Diplomacy, New York, Oxford : Berghahn Books, 2010
-Anthony Haigh, La Diplomatie culturelle en Europe, Strasbourg : Conseil de l'Europe, 1974
-Walter L. Hixson, Parting the Curtain, Propaganda, Culture and the Cold War, 1945-1961, New York : St. Martin's Press, 1998
-Greg Kennedy, Christopher Tuck (eds.), British Propaganda and Wars of Empire: Influencing Friend and Foe, 1900-2010, Farnham et Burlington (Vt.) : Ashgate, 2014
-Joseph Nye, Soft Power: the Means to Success in World Politics, New York : Public Affairs, 2004
-J. P. Singh (ed.), International Cultural Policies and Power, Basingstoke : Palgrave Macmillan, 2010
-Alexandra Slaby, L’Etat et la Culture en Irlande, Caen : Presses Universitaires de Caen, 2010

Mis à jour le 17 décembre 2018