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Appel à communications - Colloque CEDIAS « L’ESS : quelle Histoire ? »

Publié le 18 avril 2019 Mis à jour le 18 avril 2019

Le CEDIAS, avec les soutiens de la ComUE Université Paris Lumières, du CHS, du GRHIS, du CHRS-UQAM, de l'ADDES et du CIRIEC, lance un appel à contributions dans le cadre de l'organisation d'un colloque intitulé L'ESS : quelle Histoire ? Dynamiques, méthodes et perspectives pour l'histoire de l'économie sociale et solidaire qui aura lieu les 7 et 8 février 2020 au Musée social à Paris

Date(s)
Date limite de soumission des contributions : 1er septembre 2019
L’économie sociale et solidaire, souvent caractérisée par ses trois composantes principales (associations, mutuelles, coopératives), résulte d’une histoire au moins bi- séculaire liée au développement du capitalisme libéral et à l’organisation du travail qu’il induit. Ses définitions, qui ont évidemment évolué depuis le XIXe siècle et varient selon les pays, sont relatives à ses modes d’organisation économique ou institutionnelle, mais aussi ses valeurs, souvent appréhendées à travers le prisme du politique ou du culturel. Ceci peut expliquer en partie les difficultés que l’ESS et son histoire rencontrent pour être traitées de manière autonome et crédible.

Pourtant, l'histoire de l'ESS ne saurait se limiter à l'histoire des utopies, même si celles- ci peuvent être concrètes ou réalistes. Elle est une histoire d’entreprises, de travailleurs, de classes, de luttes, mais aussi d'internationalisme et de pacifisme. Elle est une histoire à la fois locale et globale, elle ne peut s'appréhender sans l'articulation de la théorie à la pratique. Elle est une histoire totale au sens maussien de « fait social total. »

Les colloques nationaux sur l’ESS (ADDES, AES, RIUESS, GESS), les forums internationaux de l'ES (CIRIEC, ESS Forum international) et les projets européens sur ces thématiques mobilisent des chercheurs des différentes sciences humaines, économiques et sociales, notamment depuis les lois récentes sur l’économie sociale (législation sur l’entreprise sociale en Italie en 2005, loi sur l'ESS de 2014, dite loi Hamon en France , Finance Bill in UK 2014). Parmi eux, les historiens sont rares. Ceci est d'autant plus problématique que les institutions et politiques de l'ESS sont parfois tentées de son histoire en vue de leurs intérêts ou alors le plus souvent l'ignorent totalement. Des projets d'ESS considérés comme innovants gagneraient d’ailleurs à être analysés au prisme de l'histoire. Au mieux l'histoire est investie par des non spécialistes, qui peuvent apporter des éclairages, mais ne respectent pas toujours une méthodologie historienne.

Peut-être l'histoire de l'ESS semble-t-elle avoir déjà été en grande partie défrichée ? Elle a connu en effet de grandes figures au XXe siècle comme Henri Desroche, qui certes n’était pas historien mais s’intéressait à son histoire, avant de faire l'objet de nombreux travaux sous la direction d’André Gueslin à l’Université Paris7, de Michel Dreyfus au

Centre d’Histoire Sociale du XXe siècle (CHS20), mais aussi de nombreux historiens de l’Institut d’Histoire sociale de Gand, du Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES) au Canada ou encore de nombreuses autres universités dans le monde (Bologne, Cooperative College de Manchester, etc.)

Sans doute, la reconfiguration des militantismes dans le cadre de la restructuration des États-Providence rend-t-elle l'ESS suspecte pour les tenants d'une orthodoxie politique, qu'elle soit libérale ou socialiste. Son ambiguïté dans ses rapports aux institutions, ses variantes et déclinaisons locales et ses différenciations internationales rendent son approche difficile à appréhender. L'histoire de l'ESS oblige à décliner les échelles et les méthodes. Son approche est nécessairement pluridisciplinaire à une époque où le contexte de la recherche invite à la spécialisation. Aussi, le contexte politique laisse difficilement place à une économie qui initialement voulait dépasser les antagonismes État/marché et travail/capital, ou au moins mener une politique sociale qui dépasse ces clivages.

En effet, la prise en charge des politiques sociales par des partenariats public/privé ou le développement des fondations tendent à faire disparaître les spécificités de l’économie sociale, notamment dans le secteur associatif, dont l’histoire est rarement appréhendée à travers le prisme de l’ESS. Si l'ESS apparaît à l'époque contemporaine avec les révolutions industrielles et politiques, ses pratiques s'inscrivent dans des traditions souvent pluriséculaires de communautés et solidarités. Les travaux sur les solidarités, entraides, confréries, compagnonnages et autres formes de communautés solidaires à travers les âges gagneraient à être interrogés sous le prisme de l'histoire de l'ESS.

Aussi, le développement d’une conscience et des préoccupations écologiques a fait émerger la notion de « communs » dont les principes peuvent en partie rejoindre ceux de l’ESS. A travers ces exemples, la démarche historienne invite à réinvestir les espaces et les temporalités de l’économie sociale et solidaire. Ses préoccupations lient le local et le global, des préoccupations quotidiennes et des dynamiques de long terme. Dominée par les études locales ou monographies, l'histoire de l'ESS doit-elle s'interdire de penser global, au risque de se laisser aller à une histoire des idées ou politique qui soit davantage militante que scientifique ? Après des décennies de travaux montrant que l'ESS dans l'histoire n'est pas qu'une utopie, ni une uchronie, doit-elle s'interdire de penser ces concepts (Bouchet, Desmars, Bremand).

Ces problématiques contemporaines nous invitent à revisiter l'histoire de l'économie sociale à travers deux axes thématiques principaux qui permettent la prise en compte de différentes échelles spatiales et temporelles :

1) La place de l'ESS dans l'historiographie et le rôle de ses études dans l'articulation des théories d'économie politique aux pratiques sociales

2) Les liens entre l'ESS et les institutions politiques, syndicales et religieuses, qui oscillent entre conflits, reconnaissances et banalisation

1) La place de l'ESS dans l'historiographie et le rôle de ses études dans l'articulation des théories d'économie politique aux pratiques sociales

Dès la fin du XIXe, des militants de la coopération ou de la mutualité ont tenu à valoriser l'histoire de leur mouvement à travers les figures pionnières d'Owen, Fourier, Proudhon et les expériences emblématiques de New Lanark, des phalanstères et des premières associations de travailleurs fondées partout dans le monde sous l'influence des révolutions politiques et sociales de 1848. L'histoire de l'ESS devient une histoire militante qui connaît un premier apogée au début du XXe siècle avec l'école de Nîmes et les projets d'une République coopérative autour de Gide et de l'Alliance coopérative internationale (ACI). Les travaux de Desroche poursuivent cette dimension militante avant que la seconde phase d'institutionnalisation de l'ESS autour des années 1980 soit concomitante avec les travaux plus critiques des décennies récentes, entrepris souvent dans des démarches pluridisciplinaires (ADDES, EHESS, Labo de l'ESS, etc.) Durant la même période, il a été également publié de nombreuses monographies d’associations, mutuelles ou coopératives, qui n’ont pas nécessairement inscrit l'objet étudié dans une histoire plus globale de l'ESS. Par exemple, dans les années 1980, la Mutualité française, notamment sous l'impulsion de René Teulade, s'est lancée dans la valorisation de son histoire, ouvrant ses archives aux historiens et aux universitaires. Des ouvrages de qualité ont été publiés dans la collection "Racines mutualistes". Mais le premier et seul colloque sur l’histoire internationale de la mutualité s’est tenue à Paris en 1992 et un seul colloque a eu lieu sur l’ACI en 2015 à Rome.

Les travaux d'André Gueslin ont montré que l'ES en France s'inscrivait à l’origine dans 4 courants idéologiques : socialiste, libéral, catholique et solidariste. De la même manière, l'histoire de l'ESS s'ancre dans des traditions historiographiques diverses liées aux militantismes de ses acteurs qui ont voulu faire connaître leurs structures de traditions religieuses ou laïques, républicaines, socialistes ou communistes, comme en témoignent de nombreuses monographies.

En dehors de la sphère militante, l'histoire de l'ESS se prête à l'intégralité des approches historiques. Du point de vue des thématiques, bien qu'elle s'incère davantage dans le champ de l'histoire économique et sociale valorisée au XXe siècle par l'École des Annales, sa tradition idéologique l'ouvre à l'histoire des idées. En même temps, elle implique des méthodes de l'histoire des entreprises ou des institutions par la nature même de ses objets et de ses sources. Propice aux monographies (histoire de mutuelle, d'association ou de coopérative) et biographies (histoire de militants), elle s’ouvre aux prosopographies comme en témoignent les militants associatifs recensés dans le Maitron ou le dictionnaire des coopérateurs. Par ailleurs, les parcours des militants de l'ESS et l'internationalisation d'un grand nombre de ses structures invitent à des approches scalaires et globales avec des entrées aussi bien réticulaires (réseaux, échanges) que verticales (fédération, organisation).

Bien sûr, l'ancrage territorial de l'ESS est indéniable. Mais cet ancrage ne risque-t-il pas de conduire à une patrimonialisation de l'ESS à l'instar de la Fraternelle ou de la Bellevilloise ? L'évolution du patrimoine de l'ESS mérite d'ailleurs une attention particulière. Doit-il être traité comme l'ensemble du patrimoine industriel condamné à la destruction ou restructuration ? Quel avenir alors pour ses archives ? Comment sauvegarder les traces d'actions de militants ? Les réflexions menées par les réseaux
internationaux d'historiens peuvent contribuer à éclairer ces questions et réciproquement nourrir leurs travaux.

Un des objectifs du colloque sera justement de faire un état des lieux des méthodes pour l'histoire de l'ESS et des sources exploitables. Des démarches permettant de la renouveler auront toutes leur place comme le croisement des données textuelles avec des données orales ou quantitatives.

2) Les liens entre l'ESS et les institutions politiques, syndicales et religieuses, qui oscillent entre conflits et banalisation

Les projets d'ESS sont souvent porteurs de référentiels politiques ou religieux. Leur étude permet de voir comment une théorie sociale s’ancre dans un contexte économique ou politique. Réciproquement, on peut voir comment des expérimentations sociales sont récupérées à des fins politiques ou religieuses.

L'histoire de l'ESS concerne de fait de nombreux pans de l'histoire religieuse (fondations, œuvres de charité, patronages, etc.) qui tout en cherchant à lutter contre le capitalisme libéral, veulent maintenir une influence religieuse sur la société. La réaction des militants laïcs face à ces œuvres religieuses incite à revoir les conflits entre cléricaux et anti-cléricaux et la place de l'ESS dans le développement des politiques sociales et la construction de l’État-Providence.

Les liens entre l'ESS et les mouvements ouvriers sont encore également à approfondir. Hormis quelques exemples emblématiques comme New Lanark, la verrerie coopérative d'Albi ou la Bellevilloise, les liens entre les socialismes, les syndicats et l'ESS gagneraient à être revisités. Charles Gide considérait les syndicats comme des organismes d'économie sociale et jusqu'au milieu du XXe siècle, les syndicats ont contribué au mouvement coopératif, associatif ou mutuelliste. Comment expliquer le divorce actuel entre l'ESS et le syndicalisme ? L'entrée des fondations et le développement de l'entreprenariat social ne peuvent suffire à expliquer le désintérêt des syndicats pour l'ES.

On interrogera également les problèmes posés par l'institutionnalisation de l'ESS. Comment maintenir les valeurs et pratiques originelles quand une institution regroupe des millions d'adhérents, doit gérer des sommes très importantes et négocier avec les pouvoirs publics des aides ou subventions ? La question des financements de l’économie sociale, de leurs évolutions et des comparaisons dans le temps et entre les pays ou régions permet notamment de mobiliser plusieurs approches disciplinaires (anthropologie, sociologie, psychologie) et de revisiter des théories anciennes sur les rapports historiques à l’argent, au travail et à la solidarité.

L'éducation et la formation à l'ESS ont aussi été négligées dans leur forme globale alors que pourtant un grand nombre de militants de l'ESS ont été également des militants de l'instruction, de l’éducation populaire ou de la formation professionnelle. Les contributions aux colloques pourront interroger tous les liens qui existent entre des structures de l'ESS et des institutions éducatives à différentes échelles, comme l’école, la formation ou l’animation socio-culturelle.

D'autres axes de réflexion peuvent également contribuer au renouvellement de l'histoire de l'ESS. Les questions liées au genre ou autres formes de discriminations et d'inégalités en sont un exemple (des structures de l'ESS ont pu se montrer pionnières, d'autres plus rétives sur ces sujets). L'ESS s'est également développée dans les espaces colonisés avant d'être promues dans les politiques de développement récentes. On constate également un rapprochement aujourd’hui entre l’ESS et le développement durable, qui est souvent porté par des structures associatives. L’histoire de l’écologie croise d’ailleurs celle de l’ESS et présente des similitudes. Plus globalement, un grand nombre d’alternatives économiques dans l’histoire en faveur d’une société plus solidaire peuvent s’inscrire dans une histoire globale ou mondiale de l’ESS, que ce soit du point de vue des modalités organisationnelles (communauté solidaire, gestion collective de ressources, etc.) ou des finalités (justice sociale, bien commun, égalité en droits, etc.) Il appartiendra alors aux contributeurs de montrer en quoi leur étude peut se rattacher à celle de l’histoire de l’ESS.

Les contributions prendront la forme d’une communication de 20 minutes et une publication est envisagée chez un éditeur de l’ESS.
D’autres formes de contributions peuvent être proposées sous la forme d’ateliers, présentation de projets de recherches en histoire de l’ESS, d’archives à exploiter, etc.
Toute démarche innovante permettant justement de valoriser les valeurs associatives, coopératives et mutuelles peut être acceptée si elle s’inscrit dans une démarche historienne.

Les propositions de contribution prendront la forme d’un résumé de 5000 signes présentant la problématique et la méthodologie, quelques références bibliographiques et une présentation de l’auteur. Elles sont à adresser avant le 1er septembre 2019 sur :

Pour plus d’informations, vous pouvez contacter :
Olivier CHAÏBI : olivier.chaibi@u-pec.fr

Patricia TOUCAS-TRUYEN : patricia.toucas@gmail.com
Timothée DUVERGER : t.duverger@sciencespobordeaux.fr



Mis à jour le 18 avril 2019