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Appel à communication - Colloque « Virtuosités. Éthique et esthétique du geste technique du Moyen Âge au XIXe siècle »

Publié le 13 mai 2020 Mis à jour le 13 mai 2020

L'Institut national d'histoire de l'art organise avec l'Institut d'histoire moderne et contemporaine (Paris) et le Centre François Viete (Nantes) le colloque : « Virtuosités. Éthique et esthétique du geste technique du Moyen Âge au XIXe siècle » les 14, 15, 16 janvier 2021.

Date(s)

le 30 mai 2020


Appel à communication - Colloque « Virtuosités. Éthique et esthétique du geste technique du Moyen Âge au XIXe siècle »



Les savoir-faire et les gestes techniques ont déjà fait l'objet de travaux collectifs visant à les étudier dans leur dimension ethnologique, anthropologique, économique, technique ou sociologique [Brill 2002, De Beaune 2013B, Bouillon, Guillerme Piernas 2017, Joulian, D'onofrio 2006]. Les procédures industrielles pour les périodes les plus récentes ont bien été étudiées par les historiens contemporanéistes qui se sont notamment penchés sur leur constitution, leur diffusion et, plus largement, l'histoire technique ou culturelle de ces procédures industrielles [par exemple Baudet 2004 ou des périodiques tels que la Revue d'histoire de la sidérurgie publiée à Nancy depuis 1960]. Pour les périodes antérieures en revanche, la perspective le plus souvent adoptée par les historiennes, historiens et les historiennes et historiens de l'art pour aborder l'histoire des techniques depuis les années 1950 notamment a d'abord été celle d'historiennes et d'historiens du travail et de la production [par exemple Coquery, Hilaire-Perez, Sallmann, Verna 2004]. Elles et ils ont été peu nombreuses et nombreux à envisager les gestes techniques et les savoir-faire en tant qu'objets historiques, soumis à des régimes culturels variés.

Cette situation est d'autant plus dommageable que les évolutions disciplinaires récentes font une place croissante aux contraintes matérielles et physiques des processus de production.
Cela est le cas de l'histoire de l'art médiéval au sein de laquelle le nombre grandissant de travaux se réclamant de l'archéologie du bâti ont contribué à reconfigurer le panorama historiographique de la discipline en introduisant – ou en affichant – un intérêt renouvelé pour les processus [Hartmann-Virnich, Boto-Varela, Reveyron 2012]. C'est tout autant le cas pour l'histoire de l'architecture des XVIIe et XVIIIe siècles dont les perspectives de recherche ont été élargies par le développement de l'histoire de la construction [par exemple Carvais, Guillerme, Nègre, Sakarovitch 2012]. Pourtant, en dépit de ces évolutions récentes et bien que les historiennes et historiens de l'art ne peuvent que considérer nécessaire de convoquer les contraintes matérielles de la production artistique et artisanale, les travaux des historiennes et historiens, des philosophes, des anthropologues ou des sociologues qui se sont intéressés au geste et à la raison technique sont peu pris en considération.

Le présent colloque vise donc à provoquer la rencontre et le dialogue de différentes approches du geste technique, à partir d'une catégorie de gestes que l'on nomme virtuoses. On entend par là, l'attitude qui consiste à imposer indiscrètement à l'attention l'acte de produire ; la virtuosité étant considérée comme la primauté accordée à une métatechnique (« la technique de production des formes qui produisent des effets ») [Klein 1970, 393, note 1 et Klein 1960-62, 152, 154 et 215, chapitre «La Maraviglia»]. Le phénomène sera examiné dans le domaine de la construction, mais aussi dans l'ensemble des activités artisanales et artistiques des époques pré-industrielles (de la peinture à la danse et à la musique, en passant par l'orfèvrerie, l'ébénisterie, le textile ou encore l'art des jardins). Il s'agira de voir si, par exemple, les constats élaborés sur ce phénomène par les sciences cognitives ou anthropologiques peuvent être historicisés pour éclairer notre connaissance du geste technique virtuose, de son statut et de sa valeur sociale ou culturelle et nourrir ainsi l'analyse de l'historien ou de l'historienne.
Différentes thématiques convergentes pourront permettre d'élaborer un échange sur ce thème.

Les discours sur la virtuosité technique et les pratiques virtuoses [Suthor 2010, Nègre 2019a]. Que pensent les théoriciennes et théoriciens, les critiques et plus généralement le public des démonstrations d'habileté et des objets qui en résultent ? Comment les praticiennes et praticiens en parlent-ils eux-mêmes ?

Les définitions et aspects de ces pratiques virtuoses pré-industrielles (création, restauration) ; les types de virtuosités (perfection d'exécution, recherche de complexité, recherche de variété, maîtrise des échelles extrêmes, rapidité d'exécution, etc.) [Kris, Kurz 2010, 95-101. Nègre 2019B. Guillouët 2019] ; les caractéristiques des objets.

Les conséquences culturelles et sociales ainsi que les effets «de l'adresse» (dans les deux sens du terme) du geste technique virtuose, à destination «interne» ou «externe» [De Beaune 2013a].

La transmission des savoir-faire «incorporés» [ainsi que les définit Barel 1977] ou formalisés par le biais de dessins et de modèles. Quel rôle le défi technique joue-t-il dans la formation (via les provocations, les chefs- d'œuvre, les concours, etc.) ? Et dans l'innovation ? Quelle tension entre secret d'atelier et formalisation des savoir-faire ?

Les conditions matérielles de la diffusion de ces savoir-faire ainsi que les cadres culturels de leur transmission (formalisation du geste, médiations des processus...) et des critères de la distinction virtuose [Metzner 1998]; les représentations de la virtuosité dans les manuels, les recueils et les estampes, tels que les collectionnait Jacques Doucet. Ces dernières questions soulèvent celle du rôle de la perfection technique dans la délectation esthétique [Gell 1992. De Beaune 2013a] et celle de l'«esthétique fonctionnelle» d'André Leroi-Gourhan [Leroi-Gourhan 2009. DuCi 2012].

Études de cas : certaines communications pourront porter sur l'analyse de gestes techniques à partir d'objets et à travers leur étude documentaire et matérielle (dans le cadre d'études de conservation-restauration notamment).

Les propositions de communications devront être adressées avant le 30 mai à Jean-Marie Guillouët (jmguillouet@gmail.com) et Valérie Nègre (valerie-negre@wanadoo.fr) sous la forme d'un résumé de 2 000 signes maximum. Elles doivent être accompagnées d'un court CV d'une page.


Le colloque se tiendra à l'Institut national d'histoire de l'art avec le soutien de l'INHA, l'Institut d'histoire moderne et contemporaine (Paris) et le Centre François Viete (Nantes)

Pour en savoir plus : https://www.inha.fr/fr/recherche/appels/appels-a-contributions-1/colloque-international-virtuosites-ethique-et-esthetique-du-geste-technique-du-moyen-age-au-xixe-siecle.html

Mis à jour le 13 mai 2020