Socio-anthropologie de la prison

Socio-anthropologie de la prison

Groupe de travail
 
du

Laboratoire d'analyses socio-anthropologiques du contemporain
(Lasco, Groupe de recherche (GDR) du  Sophiapol)

responsable : Ph. Combessie

* * *      Présentation générale     * * *

    Le crime est une construction sociale que manifeste la réaction judiciaire organisée à sa suite. Selon Durkheim, les traitements judiciaires « répressifs » étaient la marque des sociétés à solidarité mécanique, alors qu'au fil de la division du travail social, la complexification des sociétés entraînait le développement d'une solidarité organique et la mise en œuvre d'une justice davantage « restitutive » - on dit aussi « réparatrice ». Aux premiers correspond le droit pénal répressif avec ses châtiments corporels, aux seconds les différentes branches du droit « coopératif », dont l'un des exemples les plus visibles peut être le droit civil avec ses dispositifs de dommages et intérêts,  mesures destinées à remettre en état la société en compensant le trouble causé par le comportement incriminé. Dispositif de coercition légale par prise de corps mis en œuvre sous l'égide de l'autorité judiciaire, l'enfermement  carcéral constituerait donc un résidu des anciens modes de gestion des troubles sociaux. La prison est également un des derniers avatars de la torture organisée pendant l'instruction du procès, destinée à conduire l'inculpé aux aveux qu'on dit  libérateurs ; si tant est qu'ils le soient, ils le sont tout autant, si ce n'est davantage, pour la société que pour l'inculpé. Que l'inculpé soit l'auteur des méfaits (peut-être alors soulage-t-il sa conscience) ou qu'il n'ait aucune responsabilité dans l'acte incriminé, les aveux certes le libèrent de la pression de l'instruction ; mais, après les aveux, la société est libérée d'une tout autre manière : un agent social a endossé la responsabilité de l'acte qui avait troublé les états forts de la conscience collective. La diffusion du malaise engendré par le comportement tenu pour coupable se trouve dès lors circonscrite, et le malaise est incorporé en la personne inculpée qui a avoué, incorporé aussi dans la prison qui le détient.

    Paul Fauconnet a analysé ce « transfert » que la société se trouve conduite à opérer entre le crime et le responsable du crime qu'on doit détruire faute de pouvoir effacer l'acte qui a été commis. La thèse de Fauconnet correspond à l'état d'une justice dont l'instrument le plus emblématique était la guillotine et dont le plus important, en termes de nombre de justiciables mis à l'écart, était le bagne. Pour analyser la place de la prison dans la société contemporaine pérennisation d'un mode de gestion des troubles sociaux hérité de sociétés anciennes , il faut comprendre aussi ce que l'invention de la peine de prison (telle qu'elle a été analysée par Michel Foucault) comporte de novateur en tant que projet d'amendement des détenus, en tant que châtiment « réparateur » dans le droit fil de la logique utilitariste de Beccaria.

    Nous sommes en présence aujourd'hui d'un transfert vers une cible comparable mais dont les modalités ont changé. Chargée de réparer la société troublée par un comportement qui heurte les états forts de la conscience collective, la justice contemporaine, à travers la prison, est appelée à amender  le détenu, pour préparer ensuite sa réintégration dans la société. Ainsi le transfert envisagé par Fauconnet dans une logique de suppression doit-il faire place à un nouveau transfert, toujours du crime vers l'agent social désigné comme responsable du crime, mais selon une logique tout à la fois répressive et d'amendement, dont la figure la plus emblématique est l'enfermement carcéral.


Ph. Combessie (télécharger le texte complet : CSS ou HAL)


 
* * *      Recherches en cours     * * *
Master
  • Hamza GARRUSH : Régulation de la religiosité en milieu carcéral par les aumoniers musulmans
  • Emilie MARTIN : Analyse des relations entre les Conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation (CPIP) et les personnes détenues


Thèses

  • Lucie BONY : De la prison, peut-on voir la ville ? Continuum carcéral et socialisation résidentielle (**thèse, en codirection avec Jean-Pierre Lévy, soutenue le 6 déc. 2014**) [En 2016, Lucie BONY est Ater en sociologie à l'Université Paris 8]
  • Guillaume BRIE : Traitement social de la criminalité sexuelle pédophile : rapports de pouvoir et lutte des représentations entre agents chargés du contrôle des condamnés (**thèse soutenue le 21 sept. 2012**) [En 2016, Guillaume BRIE est enseignant-chercheur à l'Ecole nationale d'administration pénitentiaire (Enap)]
  • Leïla DELANNOY : L'expérience artistique en prison. D'une triple inertie à l'expérimentation de transformations sociales (soutenance prévue le 30 septembre 2016)
  • Myriam JOEL-LAUF : La sexualité en prison de femmes (**thèse soutenue le 12 nov. 2012**) [En 2016, Myriam JOËL est chargée de recherche à l'Institut national d'études démographiques (Ined), pour une recherche concernant la sexualité en sortant de prison (financement Sidaction)]
  • Lara MAHI : les déterminants médicaux de la sanction pénale (exemple des pathologies VIH et cancer) (financement Sidaction) [En 2016, Lara MAHI est Ater à l'EHESS]
Recherche post-doctorale
  • Philippe COMBESSIE : place et fonctions sociales de l'enfermement carcéral dans les sociétés démocratiques

Mis à jour le 04 novembre 2016